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Cette maquette en noir et blanc est la cinquième esquisse pour la première fenêtre haute à gauche dans la nef du temple de Coppet.
Clément a dessiné six autres projets (CHC_040, CHC_042, CHC_038, CHC_043, CHC_041 et CHC_039) pour ce vitrail. Leur comparaison nous permet de comprendre le processus créatif depuis les premiers essais jusqu'à la définition des détails. Sur la première ébauche (CHC_040), Clément esquisse les grandes lignes des deux épisodes liés à Adam et Eve. Sur la lancette de gauche, il place Eve légèrement derrière Adam et leur adjoint un mouton qu'Eve nourrit. Sur celle de droite, Eve, debout de trois quarts, son bras droit levé et replié sur son front, vient de naître de la côte d’Adam, couché devant elle. Au premier plan, la terre est représentée en une demi-sphère. Le sommet des deux lancettes est traversé par un large demi-cercle dans la bordure duquel sont esquissés des cercles et au centre un soleil. Alors que le sujet de la lancette de droite semble avoir été défini dès la première esquisse, de nombreux changements sont réalisés pour la lancette de gauche. Dès le deuxième dessin (CHC_042), un lion fait face à l'agneau. A partir de cette cinquième tentative, Eve est déplacée à côté d'Adam. La terre sous leurs pieds est traversée par deux colombes à partir du deuxième dessin (CHC_042). Sur le dernier projet (CHC_039), Adam tourne son visage et regarde Eve. Pour la lancette de droite, Clément a fait simplement quelques réajustements sur la position du corps d'Eve.
Dans le fonds graphique de l'atelier fribourgeois Kirsch et Fleckner, donné à Romont en 1991, nous possédons les cartons réalisés dès 1953 pour la seconde phase créative de ce cycle de Coppet. L'oeuvre KF_1227 nous dévoile le projet définitif pour cette verrière. Nous constatons que des modifications essentielles ont été opérées pour la lancette de gauche. Les animaux qui accompagnaient Adam et Eve ont disparu et se retrouvent dans le quadrilobe du carton KF_1231. La terre au premier plan a été abandonnée et les colombes qui y volaient ont été déplacées au-dessus des deux protagonistes. Le quadrilobe au-dessus des deux lancettes, qui apparaît à partir de la cinquième esquisse et présentait un soleil en son centre, subsiste sur le carton mais l'artiste lui a ajouté la lune et quelques étoiles. Pour la lancette de gauche, l'essentiel esquissé sur le dernier projet se retrouve sur le carton. Seule une colombe a été ajoutée au-dessus d'Eve. Des changements aussi importants entre les dessins d'une maquette et d'un carton sont plutôt rares. Ils témoignent de la difficulté du commanditaire et de l'artiste à définir le sujet qu'ils souhaitaient voir représenter.
La comparaison du carton KF_1227 avec le vitrail dans le sanctuaire nous révèle un fait étonnant : le quadrilobe au-dessus des deux lancettes a été inversé avec celui du vitrail d’à côté. En effet, la représentation du soleil et de la lune figure au-dessus d’Eve mangeant le fruit défendu et Adam et Eve chassés du Paradis. Par contre les deux écoinçons en dessous du quadrilobe sont restés à leur place. Cette permutation d’images est étrange car les motifs dans les écoinçons complétaient ceux représentés dans le quadrilobe figuré au-dessus et auraient dû logiquement également être intervertis. Que signifie donc ce changement partiel ? Comment peut-on l’expliquer ? Peut-être est-ce une volonté de dernière minute des commanditaires ? Ou une erreur dans le montage des vitraux ? Il est difficile de donner une réponse claire.
Charles Clément réalise les vitraux pour le temple de Coppet en deux phases. Il est appelé une première fois pour les vitraux du choeur (Crucifixion et les deux verrières d’évangélistes) entre 1933 et 1934, qu’il réalise en collaboration avec l’atelier fribourgeois Kirsch et Fleckner. Vingt ans plus tard, en 1953-1955, il réalise avec l’atelier Kirsch frères les vitraux pour la nef et la façade occidentale.
En 1933, il est de retour en Suisse depuis une année après cinq ans passés à Paris et Marseille et continue son activité liée au vitrail (Rouiller, 1989, p. 199-200) commencée dix ans auparavant avec des verrières pour le temple d'Arnex (1922) (Courthiau, 2011, p. 327). Alors qu’il débute son travail pour les verrières du temple de Coppet, il est en train de terminer celui pour la cathédrale de Lausanne. Il y a réalisé quinze vitraux entre 1930 et 1934. Il vient également de terminer la grande verrière du choeur pour l’église de la commune voisine de Coppet, Commugny (1933), et va s’occuper de la création des vitraux pour le temple de Cuarnens (1935) (Rouiller, 1989, p. 205).
Lorsqu’il commence la seconde phase de sa création à Coppet, Clément s’occupe en même temps de la réalisation de cinq vitraux pour l’église de Crêt-Bérard à Puidoux et de quatre verrières pour l’église réformée de Goumoens-la-Ville (1953). En juin 1954, le vitrail du Christ Roi pour l’église Saint-Luc à Lausanne est inauguré (Rouiller, 1989, p. 205).
Entre ces deux époques le style de Clément a évolué. Pour les trois verrières du choeur, l’artiste compose un dessin avec une multitude de pièces de verres très petites et modèle ses personnages dans un style cubiste. Vingt ans plus tard, il simplifie ses motifs, agrandit les verres et va à l’essentiel. Son travail sur la couleur semble suivre le même chemin. Alors qu’il juxtapose une multitude de couleurs dans ses premières verrières, parfois se contrastant fortement, il préfère l’harmonie des teintes dans cette seconde phase créative. La verrière du Jugement dernier en est un parfait exemple. Composée dans une déclinaison allant du lie de vin au mauve, l’impression générale est harmonieuse et paisible alors que le vitrail consacré à la Crucifixion dégage une impression d’hétérogénéité qui fait néanmoins toute la force de la verrière.
Datation
1954
Date d'entrée
1995
Donateur·trice / Vendeur·euse
Propriétaire